La confiance des français dans les médias
selon nos étudiants
«Comment expliquez-vous que, d’après le baromètre des médias Kantar/La Croix, la crédibilité des différents médias « reste à des niveaux faibles » »
Cette question, posée à nos étudiants, permet d’analyser les causes de cette perte de crédibilité et leur regard sur les défis auxquels le journalisme est confronté aujourd’hui.
Thomas - Promo 2024
Tout d’abord, cela s’inscrit dans une perte globale de confiance dans les institutions, médiatique comme politique. Le taux d’abstention en témoigne d’ailleurs très bien.
Beaucoup de français ne se reconnaissent plus dans les médias “classiques” qui pour beaucoup portent des valeurs s’éloignant de plus en plus de celles de la majorité.
De plus, il y a une espèce de prime à la radicalité, qui on le sait fait vendre, fracturant toujours un peu plus la confiance d’une partie des français envers les médias “opposés” et inversement.
Thibault - Promo 2024
Je l’explique surtout par l’importance prise par les réseaux sociaux comme source d’information de la population, au détriment des médias audiovisuels, et de la presse écrite traditionnelle. Les algorithmes favorisent les narratifs contestataires et clivants, qui peuvent provenir non plus de rédactions ayant pignon sur rue, mais de toute personne souhaitant devenir producteur et relais d’information. Cela favorise les récits alternatifs, et sape la confiance dans les médias traditionnels.
De plus, le milieu journalistique est très orienté politiquement, sociologiquement et géographiquement, au point que la majorité de la population ne se reconnaît pas dans ses partis pris et ses valeurs.
Domitille - Promo 2024
Selon moi, la multiplicité de sources d’information a réduit leur précision ainsi que leur véracité. Les Français se retrouvent d’une certaine manière un peu perdus devant la quantité d’informations.
Ils doivent déjà trier les informations importantes et celles qui le sont moins et enfin ils doivent vérifier eux mêmes d’où vient l’information en comparant des sources pour être sûrs de l’information. Ils se retrouvent à faire le travail du journaliste. Cependant peu le font car ils n’ont pas le temps ou pas les moyens.
Plus que sur la véracité de l’information, les journaux se consacrent à être les premiers à fournir l’information en premier, quitte à utiliser d’anciennes photos. Ainsi, souvent, l’information n’étant pas vérifiée, elle se retrouve fausse quelques heures après. La photo de la jeune fille ukrainienne défiant un soldat russe est un parfait exemple puisqu’on s’est aperçu quelques jours après qu’il s’agissait d'une palestinienne sous l’occupation israélienne en 2012.
Amélie - Promo 2023
Il me semble premièrement que les médias participent à la logique commerciale et industrielle qui régit une grande partie de la société et que cela n’est pas en accord avec la volonté de produire une réflexion et une information libre et honnête. Malheureusement les journalistes peuvent aussi entrer dans cette logique, alors que leur métier les appelle à avoir une grande liberté intellectuelle. Ils leurs manquent donc du temps et de l’argent mais aussi de la formation et de la culture, et surtout plus de liberté et d’honnêteté intellectuelle: peu sortent de l’idéologiquement correct.
Le journalisme ne consiste pas à « produire de l’info » dans le cadre de la pensée générale, mais à enquêter, sur le terrain de la réalité et celui des idées, afin d’offrir une information et des pistes de réflexion de qualité à ses lecteurs. Enfin les Français ont une défiance généralisée envers le milieu politique dont ils se sentent déconnectés.
François - Promo 2023
Certains blâment le manque de culture générale des journalistes, qui les conduit parfois à des erreurs de jugement, ou encore à une moindre finesse dans l’analyse.
Je suis d’avis que le conformisme qui règne parfois dans les médias, le sentiment de n’entendre qu’une seule voix, a pu fragiliser la confiance des Français dans leurs médias. Deux exemples récents : du discours d’Éric Zemmour au Trocadéro, qui a duré plus de deux heures si l’on compte tous les intervenants, presque l’ensemble des médias n’a retenu que les « Macron assassins ! » lancés par une partie de la foule, durant une poignée de seconde. Ensuite, le papier du Point déclarant que le couple insoumis Garrido-Corbière embauchait jour et nuit une Algérienne sans-papier : l’ensemble des faits rapportés se sont avérés inexacts, et ce manqué, si l’on en croit la rédaction du Point, trouve son origine dans le manque de rigueur de l’auteur, qui s’est ainsi fait « enfumer ».
On peut comprendre que ce genre de choses nuit à la relation de confiance entre les journalistes et le reste de Français.

